L’hebdo crypto du 22 septembre 2026
Un mardi matin sur deux, café en main, retrouvez l’incontournable du marché crypto résumé par notre équipe.
5 minutes de lecture pour rester à jour ! Voici ce qu’il faut retenir de la quinzaine.
Actions tokenisées : faute de loi, la SEC ouvre une porte de cinq ans | Tokenisation
Le Sénat américain n’a pas réuni les soixante voix nécessaires pour faire avancer le Clarity Act, le texte qui devait doter les crypto-actifs d’un cadre fédéral et trancher le partage de compétence entre la SEC, le régulateur des marchés financiers, et la CFTC, celui des marchés dérivés.
Deux jours plus tard, la SEC a agi seule. Elle a adopté une « innovation exemption », une dérogation de cinq ans autorisant certaines plateformes à faire négocier sur blockchain des représentations tokenisées d’actions cotées aux États-Unis. Le garde-fou est net : ces jetons doivent conférer exactement les mêmes droits économiques et politiques que l’action traditionnelle, dividendes et droit de vote compris, et une société cotée peut s’opposer à la tokenisation de ses propres titres. En contrepartie, les plateformes et les fournisseurs de liquidité recourant à des teneurs de marché automatisés bénéficient d’un allègement temporaire de certaines obligations. Coinbase et Robinhood figurent parmi les bénéficiaires probables.
Pour un conseiller français, rien ne change à ce stade. En Europe, une action tokenisée reste un instrument financier au sens de MiFID II : elle sort donc du champ de MiCA et relève du régime pilote DLT, le règlement (UE) 2022/858, applicable depuis mars 2023 et encore très peu utilisé.
Une réserve, enfin : une exemption n’est pas une loi. Elle est temporaire, révocable, et une prochaine mandature de la SEC peut la défaire.
Source : TradingSat
Réserve stratégique de bitcoins : la Chambre avance, sans budget pour acheter | Bitcoin
Le 17 septembre, la commission des services financiers de la Chambre des représentants a adopté l’American Reserve Modernization Act par 28 voix contre 21, strictement sur des lignes partisanes. Le texte retenu est un substitut déposé par le représentant Steil, sensiblement plus restrictif que le projet initial de mai.
Il prévoit la constitution, sous cent quatre-vingts jours, d’une réserve stratégique de bitcoins et d’un stock de crypto-actifs, à partir des seuls avoirs déjà détenus par l’État fédéral, pour l’essentiel issus de saisies. Ces bitcoins ne pourraient être vendus, échangés, mis aux enchères, grevés ni cédés pendant vingt ans. Un inventaire est dû sous soixante jours, et la preuve de réserve devient annuelle au lieu de trimestrielle.
Ce qui a été retiré compte autant que ce qui reste. Exit les mécanismes de financement par la Réserve fédérale, les recettes douanières et les dons ; exit la publication obligatoire sur le site du Trésor. Sur les achats, le texte n’autorise qu’une étude à rendre sous cent quatre-vingts jours, explicitement sans engagement, sans emprunt et sans nantissement. Aucune quantité de bitcoins n’est spécifiée.
Un amendement interdisant la détention de crypto-actifs par le Président, le Vice-Président, les membres du Congrès et leurs familles a été rejeté, 21 voix contre 28.
Aucun vote en séance plénière n’est programmé, et aucun texte équivalent n’existe au Sénat. L’État consolide ce qu’il possède ; il ne devient pas acheteur.
Source : Decrypt
Une obligation de 100 millions de dollars émise et réglée le même jour | Institutions
Hana Bank, l’un des principaux établissements sud-coréens, a émis le 21 septembre une obligation numérique de 100 millions de dollars, à cinq ans, libellée en devise étrangère. L’émission, l’enregistrement et le règlement-livraison ont été traités sur la plateforme blockchain d’Euroclear, sur un registre distribué unique.
L’effet est concret : le cycle de règlement passe de trois à cinq jours ouvrés à un règlement le jour même. Dans la chaîne traditionnelle, ce délai correspond au temps nécessaire pour que les titres et les espèces changent effectivement de mains entre dépositaires ; il immobilise du capital et porte un risque de contrepartie. Ici, les deux jambes de l’opération se dénouent simultanément sur le même registre.
Le point notable tient à ce qui ne change pas. Les investisseurs accèdent à l’opération par leurs comptes et leurs systèmes Euroclear existants, sans rupture d’infrastructure ni portefeuille spécifique. L’actif lui-même reste une obligation bancaire ordinaire, avec son émetteur, son coupon et son échéance.
C’est la première opération de ce type en Corée du Sud utilisant directement l’infrastructure blockchain d’Euroclear. Ce qui est nouveau n’est donc pas l’actif, mais le fait qu’un dépositaire central de premier plan fasse circuler de la dette réelle sur un registre distribué, sans quitter la chaîne de règlement existante.
Source : Cointelegraph
Le Wyoming lâche le prestataire technique de son stablecoin d’État | Stablecoin
Le FRNT est le premier stablecoin émis par un État américain. Adossé à 102 % en bons du Trésor, il est déployé sur huit blockchains, d’Ethereum à Solana en passant par Base et Polygon.
Le 14 septembre, le responsable de la cybersécurité de la commission qui le pilote publie un réquisitoire contre LayerZero, son prestataire technique. Trois griefs : une clé privée critique restée sous le contrôle du prestataire, via une extension technique déployée sur Solana ; des divulgations jugées insuffisantes sur des incidents passés ; l’absence de certification SOC 2, un référentiel d’audit des contrôles internes, au moment de l’audit de fin août.
Le 19 septembre, le dirigeant de LayerZero réplique, preuves à l’appui sur la blockchain. L’extension en cause n’affectait ni la frappe, ni la destruction, ni le gel des jetons ; le transfert a été effectué en moins de vingt-quatre heures après signalement ; les certifications SOC 2 de types 1 et 2 ont été obtenues le 8 septembre, six jours avant la publication du Wyoming.
Le contexte pèse : un exploit survenu en avril, portant sur 292 millions de dollars, avait compromis une partie de l’infrastructure du prestataire. Le Wyoming bascule sur Chainlink, après Kraken et Lombard qui avaient déjà migré plus de 4 milliards de dollars au printemps.
Nous ne trancherons pas ce différend. Le débat porte d’ailleurs moins sur l’existence d’une faille que sur une question de gouvernance : qui détient les clés d’un actif public, et que doit exiger un émetteur de son prestataire technique.
Source : Journal du Coin
Hyperliquid ouvre le prêt adossé aux cryptos | DeFi
Le 18 septembre, la plateforme Hyperliquid a activé l’emprunt manuel sur son infrastructure de prêt native. Le premier jour, 269 millions de dollars ont été empruntés, pour plus de 400 millions de liquidités disponibles au lancement et environ 7 milliards de dollars de stablecoins en circulation sur l’écosystème.
Le principe est celui du prêt adossé : l’utilisateur nantit ses jetons HYPE ou ses bitcoins et emprunte des stablecoins, sans céder l’actif déposé. Les paramètres de risque diffèrent nettement selon la garantie. Le ratio prêt-valeur atteint 65 % pour le HYPE contre 50 % pour le bitcoin, avec des seuils de liquidation respectifs de 82,5 % et 75 %. Autrement dit, la plateforme se montre plus accommodante envers son propre jeton qu’envers le bitcoin, ce qui mérite d’être relevé.
L’architecture est modulaire : le prêt fonctionne comme une brique indépendante du marché à terme perpétuel, partageant les mêmes réserves de liquidité sans fusionner les risques.
Le jeton HYPE a inscrit un record à 91,06 dollars, en hausse d’environ 15 % sur la semaine. Deux risques méritent d’être gardés à l’esprit : l’exposition à la liquidation, si la garantie se déprécie plus vite que l’emprunteur ne peut réagir, et la concentration croissante de la liquidité en stablecoins sur un écosystème unique.
Source : CryptoSlate
Le point marché selon Qwarks | Marché
Le marché progresse, mais la lecture dépend entièrement de la date à laquelle on commence à compter.
Les performances de la quinzaine
| Actif | 7 jours | 1 mois | 1 an |
|---|---|---|---|
| Bitcoin (BTC) | +6,0 % | +26,3 % | -28,8 % |
| Ethereum (ETH) | +5,0 % | +37,6 % | -41,3 % |
| S&P 500 | +1,1 % | +0,5 % | +19,0 % |
Performances en euro, arrêtées au vendredi 18 septembre 2026 à la clôture. Le S&P 500 est un indice de prix, dividendes non réinvestis.
Attention à la fenêtre de mesure
Sur la quinzaine écoulée, le Bitcoin n’a quasiment pas bougé : environ +3 % en euro. Le +26,3 % affiché sur un mois part, lui, des niveaux planchers de la mi-août. Le même actif raconte donc deux histoires très différentes selon la date de départ retenue. C’est un réflexe à conserver devant n’importe quel tableau de performance, et pas seulement en crypto.
Une hausse de taux qui fait monter les actifs risqués
Le 16 septembre, la Réserve fédérale a relevé son taux directeur d’un quart de point, à l’unanimité. C’est sa première hausse depuis trois ans, et les crypto-actifs ont progressé à l’annonce. Le réflexe voudrait l’inverse : un crédit plus cher pénalise d’ordinaire les actifs sans rendement.
Notre lecture est que la crainte dominante n’est plus le coût du crédit, mais la perte de contrôle sur les prix et sur la dette souveraine. Une banque centrale qui resserre est une banque centrale qui prend l’inflation au sérieux, et c’est précisément ce que le marché attendait. La détente simultanée sur le pétrole, après la remise en service du pipeline est-ouest saoudien, a joué dans le même sens.
Un signal technique s’y ajoute. Le 20 septembre, le Bitcoin a clôturé sa semaine au-dessus de sa moyenne mobile à cinquante semaines, située autour de 78 800 dollars, pour la première fois depuis le 9 novembre 2025, soit quarante-cinq semaines.
Les flux institutionnels, eux, ne suivent pas encore
Sur la semaine close le 18 septembre, les ETF Bitcoin américains terminent à l’équilibre, avec 6 millions de dollars de collecte nette : trois séances de sorties effacées par 433 millions d’entrées le vendredi. Les ETF Ethereum enregistrent 140 millions de sorties, ce qui interrompt quatre semaines consécutives de collecte totalisant 1,94 milliard.
Depuis le 1er janvier, le solde reste négatif de 1,45 milliard de dollars sur les ETF Bitcoin américains, positif de 922 millions sur les ETF Ethereum. Et la collecte hebdomadaire de 3,2 milliards observée sur la semaine du 22 août, évoquée dans notre édition du 1er septembre, ne s’est pas reproduite.
Un mot sur le change : l’euro s’est déprécié de 1 % face au dollar sur le mois, de 1,1576 à 1,1460 dollar pour un euro. Cela majore mécaniquement les performances converties en euro.
Notre lecture
La tendance baissière ouverte en octobre 2025 est cassée, et le franchissement de la moyenne à cinquante semaines le confirme techniquement.
Nous restons mesurés sur le rythme. Tant que les ETF américains restent en décollecte sur l’année, le carburant institutionnel n’est pas engagé. Il reste disponible, ce qui est favorable pour la suite, mais disponible n’est pas la même chose qu’investi : ce n’est pas un mouvement déjà financé.
Cette lecture est une anticipation, pas une certitude. Elle suppose que la défiance sur les dettes souveraines se maintienne. Un reflux durable de l’inflation, ou un simple retour de confiance sur les emprunts d’État, retirerait au mouvement son principal moteur.
Sources : cours Yahoo Finance, convertis aux taux de référence de la Banque centrale européenne ; flux ETF The Block.
L’équipe vous remercie pour votre temps et vous dit à dans deux semaines !